Stellantis supprime 1 200 postes à l’usine de Poissy d’ici fin 2026, réduisant les effectifs à 8 800 salariés. Cette décision s’inscrit dans un plan de restructuration européen qui touche 12 sites du constructeur franco-italien.
L’annonce, officialisée le 16 avril lors d’un comité social et économique extraordinaire, confirme les craintes syndicales exprimées depuis l’automne 2025. La direction justifie cette mesure par la nécessité d’adapter l’outil industriel à la baisse des commandes sur les modèles thermiques produits sur le site des Yvelines.
Poissy, qui emploie actuellement 10 000 personnes, assemblait encore 180 000 véhicules en 2023. Les prévisions pour 2026 tablent sur une production divisée par trois, à 60 000 unités, principalement des Peugeot 308 et des Opel Astra en fin de carrière commerciale.
Un plan social étalé sur huit mois avec fermeture de deux lignes
La direction de Stellantis prévoit la fermeture définitive de deux lignes d’assemblage sur les quatre actuellement en fonctionnement. La première cessera son activité en juillet 2026, la seconde en décembre. Les 1 200 suppressions de postes concernent exclusivement des contrats à durée indéterminée, selon les informations transmises aux représentants du personnel.
Le groupe propose un dispositif de départs volontaires enrichi, avec des indemnités pouvant atteindre 80 000 euros pour les salariés de plus de 55 ans. Un plan de reclassement interne est également prévu, avec des postes proposés sur les sites de Rennes-La Janais et Mulhouse, distants respectivement de 350 et 450 kilomètres.
La CGT, majoritaire sur le site, dénonce un « abandon organisé » de l’industrie automobile française. Laurent Beauvais, délégué central du syndicat chez Stellantis, pointe la responsabilité de la direction : « On nous parle de transition énergétique, mais aucun modèle électrique n’est alloué à Poissy depuis la fusion PSA-Fiat. »
Poissy victime de l’arbitrage européen de Stellantis sur l’électrique
L’usine francilienne pâtit directement de la stratégie industrielle du groupe dirigé par Carlos Tavares. Stellantis a concentré sa production de véhicules électriques sur ses sites italiens et allemands, laissant la France sur les modèles thermiques en déclin. L’usine de Melfi, en Italie, produit ainsi les Jeep Avenger et Fiat 600 électriques, tandis que Rüsselsheim assemble l’Opel Corsa-e.
Cette répartition géographique reflète les négociations menées site par site au moment de la fusion en 2021. Les syndicats français dénoncent aujourd’hui un déséquilibre qui pénalise l’Hexagone dans la transition vers l’électrique. Sur les 14 modèles électriques du portefeuille Stellantis, seulement trois sont assemblés en France.
La situation de Poissy illustre également les difficultés du groupe face à la concurrence chinoise. Les ventes européennes de Stellantis ont reculé de 6,1 % en 2025, selon les données de l’Association des constructeurs européens d’automobiles (ACEA). BYD et MG ont capté 4,2 points de parts de marché sur la même période.

L’effondrement programmé d’un bassin historique de l’automobile
Poissy symbolise le déclin de l’industrie automobile française. L’usine, inaugurée en 1938 par Simca, employait 27 000 personnes à son apogée dans les années 1970. Les restructurations successives ont réduit les effectifs de deux tiers en cinquante ans, transformant un bassin industriel en territoire en reconversion forcée.
L’impact dépasse les seuls salariés de Stellantis. L’usine fait vivre un écosystème de 150 entreprises sous-traitantes dans un rayon de 50 kilomètres, employant environ 8 000 personnes. Faurecia, Valeo et Plastic Omnium ont déjà annoncé des suppressions de postes anticipées pour s’adapter à la baisse d’activité.
La Région Île-de-France et l’État ont débloqué 45 millions d’euros pour accompagner la reconversion du territoire. Ce fonds vise à attirer de nouvelles activités industrielles, notamment dans la logistique et les énergies renouvelables. Mais les élus locaux restent sceptiques sur la capacité à remplacer les emplois qualifiés de l’automobile.
Le président de la communauté urbaine Grand Paris Seine et Oise, Karl Olive, plaide pour l’installation d’un « campus de la mobilité » sur le site. Ce projet, encore à l’étude, associerait formation, recherche et production de composants pour véhicules électriques. Sa concrétisation reste toutefois tributaire des négociations avec Stellantis sur l’avenir du foncier industriel.



